Les médias, la presse écrite et télévisée, censées donner une image réelle du quotidien des français
faillit à son devoir au niveau de la question de l’islam et des musulmans de France. Ces derniers
apparaissent, le plus souvent, comme des terroristes barbares et sans coeurs en raison de
l’islamophobie patente du petit écran. On parle à leur place, ou l’on prend soin de bien choisir
des représentants qui vérifient les caractéristiques du « prototype islamiste » que l’on veut
imposer. C’est dans la finalité de faire un portrait réel de la communauté musulmane de France que j’ai
mis sur papier le parcours de Nordine. Ce jeune musulman nous raconte, dans ce livre, son riche
cheminement, similaire, en grande partie, à celui de ses coreligionnaires de France, ignorance, passions,
conversion, opposition familiale, sectarisme, militantisme… Beaucoup, se reconnaîtront à travers ces
quelques pages, puisque tirées de faits réels. Le but de ce livre est de faire un gros plan de l’islam de
France à partir de l’intérieur afin de lever les nombreux préjugés qui le salissent et obstruent le dialogue
susceptible de balayer ces « haines montantes ». Ce livre aidera, à n’en pas douter, le musulman non
pratiquant ainsi que le non musulman à comprendre certaines attitudes.
L’enfance serrée
e suis né en 1980 à Montbéliard, une ville du Doubs, le 18 février pour être plus exact. Cinquième
d’une famille de huit enfants, d’origine algérienne, j’ai grandi dans une cité où les bâtiments
s’entassent les uns sur les autres, dans le quartier de la petite hollande de Montbéliard. A l’instar de
ces blocs de ciment, mes frères et soeurs, devions nous contenter de notre petit F3 que mes parents
avaient ingénieusement transformé en F5 grâce à des rideaux et à une bonne disposition des
meubles. Le pays de Montbéliard est constitué d’un ensemble d’agglomérations axé autour de l’usine
Peugeot de Sochaux. La forte population maghrébine de cette région est due à cette usine où la plupart
de nos pères ont trimé toute leur vie pour subvenir aux besoins de nos familles. Peugeot, j’y ai bossé 3
mois de ma vie, avant de réintégrer la fac, et je me souviens que mon chef d’équipe ne voulait pas me
L
J
laisser quitter la boîte. Traitement de faveur ? Je ne pense pas ; ces mois de gestuelle mécanique
répétitive affaiblissaient énormément mes capacités intellectuelles. Que dire de ceux qui y ont passé leur
vie ? Arriveront-ils, un jour, à ouvrir un livre ? J’en doute fort ! Aujourd’hui, ce sont les « gars du bled »,
les « debléman » ou les « blédards » selon les appellations, qui envahissent les usines car constituant une
population fraîchement venue de l’autre côté de la méditerranée et donc ressemblant à celle de la
première génération qui ne cherchait que l’argent et ne chicanait donc pas. Il est vrai que le paysage a
considérablement changé ces derniers temps. On n’entend pratiquement que l’arabe dialectal au centre
commercial des hexagones. Mon enfance s’est donc déroulée dans un environnement serré. Serré à tous
les niveaux, vivre avec les autres était une imposition de la nature. Il fallait faire avec. Faire avec ses frères
et soeurs du petit appart où je résidais, faire avec mes voisins du bâtiment, et plus largement avec les
membres de la cité.