Le voile humilié, ou les auditions manquées de la commission Stasi:
Au cours de ces quinze dernières années de polémiques autour de l’ainsi-nommée « affaire du voile », mais d’une intensité des plus vives aujourd’hui, on ne cesse d’affirmer sans équivoque que si ces femmes se voilent, c’est nécessairement et absolument sous le couvert d’une manipulation. Refusant de voir la vérité en face, on cherche des prétextes dévalorisants à ce voile qui, au fond, puise toute sa signification dans la spiritualité. Parmi ces prétextes, il y a la notion de « soumission ». Lorsqu’il s’agit des musulmans, ce principe de soumission prend des tournures d’aliénation, d’esclavage de mal-être. Le fait que les musulmans se soumettent à Dieu impliquerait nécessairement la perte de leur liberté. Ce n’est donc pas parce que la femme décide de s’incliner volontairement devant un précepte divin qu’elle est asservie et perd sa liberté. Tout comme le citoyen qui reste libre et accepte les lois de la République, la musulmane est libre et choisit volontairement de se voiler. Et mieux encore, elle est libre, musulmane et citoyenne. Ainsi, ce livre exprime une souffrance. La souffrance de femmes humiliées, victimes de mépris, de propos calomnieux, de comportements provocateurs, d'agressions physiques. La souffrance morale aussi : Celle, principalement, qu'a provoquée une législation récente en France, indiquant la présence troublante, quoique inconsciente, on doit le supposer, d'une sorte de discrimination d'Etat. Une idéologie de division qui a ses enseignements et ses tribunes, ses auteurs et ses livres, s'est emparée en effet d'instruments de propagande puissants et officiels. Dans les écoles, à travers le problème du voile, on a donc cherché à effrayer les français leur faisant croire que le projet républicain était en danger à cause de filles voilées cherchant à dynamiser à l’intérieur des enceintes scolaires ce communautarisme. Que le foulard islamique était le vecteur d’une idéologie politique radicale fermée remettant en cause tous les objectifs scolaires rudement acquis depuis des siècles. Ce qui est injuste et injustifié. Dans les banlieues, les mêmes thèses se retrouvent visant des associations musulmanes qui œuvrent sur le terrain et effectuent très souvent un travail social efficace auprès de jeunes en difficulté psychosociale. Ces associations sont souvent discréditées par cette étiquette de communautaristes, alors que leur rendement social est incontestable et ordinairement sans équivalent. On cherche, par cela, à faire croire au monde, que les musulmans, à travers ce concept de communautarisme, n’ont pas d’autre alternative que d’islamiser le monde moderne. Ces aberrations erronées et souvent poussées à leurs paroxysmes par de nombreux intellectuels n’ont, hélas, pas fini d’inonder la scène publique ! Ainsi, la musulmane qui porte un foulard, se retrouve déjà jugée avant de s’être exprimée. En effet, à travers cela, on la décrit, à tort, comme une femme triste et malheureuse, sombre et dans l’ombre, étouffée, inculte, macabre, sans voix, sans nom, etc.